Le Magazine du bibliophile "Le Magazine du Bibliophile n'est pas mort", vient de faire savoir Frederik Reitz, son rédacteur en chef. Le magazine, qui avait déjà subi une première interruption en 2008 puis une relance peu de temps après, avait brusquement cessé à nouveau de paraître au 81ème numéro en mars 2009. La publication de ce mensuel a été suspendue suite à la liquidation de sa société éditrice, Méditions Coprah. Cette liquidation a été déclarée le 9 juillet dernier par le tribunal de commerce de Paris.

"Des solutions de relance sont actuellement à l'étude ou proposées", assure Frederik Reitz, "et, si tout se passe bien, ce titre devrait revoir le jour avant la fin de l'année." Abonné depuis neuf années au magazine, c'est à dire depuis le début, je ne peux que croiser les doigts et souhaiter la reparution du titre. Mais le problème de la viabilité économique de cette belle publication tout en couleur reste épineux dans un contexte à la fois de crise de la presse et de concurrence du web. Car le paradoxe est tout entier ici : les écrans lumineux semblent avoir la préférence des bibliophiles sur le support papier.

Il y a certainement une place à prendre entre la superficialité du contenu des blogs (à commencer par celui-ci) et les magazines au contraire trop sectoriels, dont les longs articles ne concernent que des pans particuliers de la bibliophilie. Les publications bibliophiles ne pourront sans doute pas faire l'économie de repenser leur formule, d'être plus à l'écoute des attentes des bibliophiles qui ont considérablement changé en une décennie.

Parmi les phénomènes complexes que doit intégrer aujourd'hui une publication bibliophile, c'est la pluralité des bibliophilies. Il est loin le temps du Bulletin du bibliophile qui n'admettait qu'une bibliophile, hautement élitiste, dans laquelle la rigidité tenait lieu de vertu. Certes, la revue a rendu d'immenses services à la détermination des éditions originales mais son ton hautain à l'égard de celui qui pense différemment surprend le (re)lecteur moderne. Qui acheterait cette revue en 2009 ?

Aujourd'hui, le magazine moderne du bibliophile doit adapter sa séduction au réseau. Car en définitive, impliquer les lecteurs dans la définition de la bibliophilie, les solliciter pour la rédaction, faire du magazine un instrument de rapprochement de leur passion commune n'est pas l'apanage exclusif du web. Une version papier, archivable, conservable, collectionnable, reliable, devrait aussi bien fonctionner qu'un blog. Peut-être mieux même si tous les auteurs de blogs bibliophiles et leurs lecteurs associés font vivre cette publication en lui offrant la crème mensuelle de leur production.

Moins luxueux, mais plus performant en terme de valeur informative, ce magazine n'aurait pas de souci de rentabilité financière. Qui de nous ne donnerait pas volontiers quelques euros pour participer à une oeuvre commune, le reflet de notre bibliophilie collective couchée sur du papier pour la postérité ? Le magazine qui saura impliquer les bibliophiles dans sa réalisation est certainement promu à un bel avenir.