Aux origines de la bibliophilie
Par Jean-Luc le 10 novembre 2009, 09:01 - Les incontournables - Lien permanent
Un intéressant cycle de conférences conduites au sein de l'Ecole pratique des hautes études (EPHE) a mis en lumière l'emploi tardif du terme bibliophilie. Il semble que la bibliomanie eut d'abord plus de succès lexical.
L'enquête lexicologique nous apprend que le terme bibliophile apparaît rarement avant le XVIIIe siècle, on lui préfère celui de curiosité en fait de livre (Dictionnaire de l'Académie, 1694) comme on parle de cabinet de curiosités. La popularisation du terme bibliomanie précède même celui de bibliophile, grace à Guy Patin (1601-1672) et bibliomanie entre dans le Dictionnaire de Trévoux en 1721. Ce n'est en définitive qu'à la fin du XVIIIe siècle que ressurgit le terme de bibliophile pour désigner "une forme légitime de bibliomanie". "Il est bon d'être bibliophile, mais il ne faut pas être bibliomane" nous dit la 5ème édition du Dictionnaire de l'Académie française (1798). Sans toutefois être nommée, la bibliophile existe cependant depuis le premier siècle de notre ère et on la trouve évoquée dans Pétrone, Sénèque, Samosate, Pétrarque, etc.
Le résumé de ce cycle de conférences par Yann Sordet, où il est par ailleurs question de la bibliophile de l'incunable, est consultable en ligne ici.
Commentaires
En dehors de la forme grecque du mot "bibliophilie", qu'on rencontre dès 1345 ("Philobiblion" de Richard de Bury), on doit admettre, connaissant les origines latine de la langue française, que le mot a été "inventé" par le pasteur hollandais Guillaume Salden en 1681, dans sa forme latine "bibliophilia". Le mot français a été utilisé en français par l'abbé Rive dès 1790.