L'idée de coder la description des ouvrages de manière stable et standardisée sur le plan international est sans doute née de l'effort de la petite équipe du STCN (le Short Title Catalogue Netherlands) dans les années 70. Dès le départ, les bibliographes de la Bibliothèque royale qui formaient cette équipe se sont trouvés face à une alternative : ou décrire le livre suivant les vieilles habitudes des bibliographes, d'ailleurs pas toujours cohérentes les unes avec les autres, ou bien moderniser le système en renforçant son efficacité.

En choisissant la seconde proposition, le STCN a du innover en peaufinant une manière de décrire le livre performante. Après quelques tâtonnements, l'empreinte était née. Ce système, qui a fait ses preuves depuis, permet d'éviter les pièges actuels dans lesquels les bibliographes français se vautrent quotidiennement. Explications

Imaginez trois exemples, plutôt fréquent en bibliophilie :

  • Nous avons deux livres, publiés la même année (ou tout au moins qui ont la même date sur la page de titre). Titre et adresse sont identiques, même nombre de pages et même collation : mot par mot et ligne par ligne les textes sont identiques. Pourtant, on perçoit tout de même une légère différence : les mots sont espacés diversement, ce ne sont pas les mêmes bandeaux ni les mêmes lettrines qui ont été utilisées, il y a de petites différences dans l'orthographe et la ponctuation... En d'autres termes, les livres ne sortent pas des mêmes presses et donc constituent deux éditions différentes qui méritent chacune leur description.
  • Voici deux autres livres. Leurs titres sont plus ou moins les mêmes, mais l'un est publié par le libraire A et l'autre par le libraire B. Une étude attentive du livre montre cependant que, mis à part les pages de titre, les livres sont identiques. C'est une édition de titre.
  • Troisième cas. Vous comparez la première édition d'un ouvrage avec sa seconde édition, "révisée et considérablement augmentée". Cependant, il apparaît qu'il ne s'agit encore que d'un retirage du titre, seule la page de titre est nouvelle, le reste est apparemment conforme à la première édition. Vraisemblablement une contrefaçon.

Dans ces trois cas de figure que nous connaissons bien, il est facile de différencier les éditions quand les exemplaires sont posés là, sous nos yeux. Mais comment s'en sortir lorsque on a qu'un seul exemplaire à comparer à une description bibliographique ? Et bien, si le bibliographe est peu bavard (Cioranescu, par exemple), cela tient de l'impossibilité matérielle. L'empreinte, elle, vise justement à remédier à cet inconvénient majeur de la bibliophilie.

Le système de l'empreinte est expliqué sur cette page de la bibliothèque nationale des Pays Bas. En voici l'explication par l'exemple.


Examinez d'abord les photographies de la page de titre, de la première et de la dernière page avec signatures de la première édition du Gysbreght van Aemstel de Vondel ci-dessus. Une édition in-4° de l'année 1637 qui donne donc comme premiers éléments de l'empreinte :

163704

La première signature est A2. Juste au dessus de l'A2 il y a une virgule, un espace et le mot "en". L'empreinte se poursuit donc ainsi :

b1 A2 ,$en

b1 est là pour indiquer qu'il s'agit de la première signature du texte principal. L'espace est indiqué par un $. La lettre r avant la virgule et l'espace après "en" ne sont pas entièrement au dessus de A2, et de ce fait ne sont pas pris en compte.

La dernière page est signée I2. Au dessus de la signature on trouve la lettre a, une virgule est un espace. Cette partie de l'empreinte s'écria donc :

b2 I2 a,$

La description bibliographique complète de cette édition sera donc notée ainsi ::

Vondel , Joost van den 
Gysbreght van Aemstel, d'ondergang van zijn stad en zijn ballingschap. Trevrspel. / By I.V. Vondel. Amsterdam, W. Blaev, 1637. 4°: A-I4. 
163704 - b1 A2 ,$en : b2 I2 a,$

Évidemment, l'empreinte ne vaut pas une fiche descriptive complète. Mais en revanche quel progrès dans la détermination exacte et l'identification sûre des éditions ! En France, c'est le très actif Rémi Mathis, Conservateur des bibliothèques de l'université Paris-Descartes et bien connu des blogueurs, qui porte haut le flambeau de l'empreinte. Dans le Bulletin des bibliothèques de France, il signait l'année dernière un article important dans lequel il faisait ce double constat : d'une part l’empreinte n’a jamais réussi à s’imposer en France alors qu’elle est nécessaire à une description fiable du livre, d'autre part, parce que nos descriptions bibliologiques sont de ce fait bancales, nous ignorons les trésors de nuances de l'histoire de l'édition et tout le travail bibliophile serait à reprendre à zéro avec méthode. Son article commençait d'ailleurs avec cette phrase d'une louable honneteté : "Malgré des dizaines d’années de travail, il faut se résoudre à cette évidence que les fonds anciens des bibliothèques européennes sont encore très mal connus". Bibliophiles, le temps n'est-il pas venu d'adopter l'empreinte dans nos méthodes descriptives ?